Fiche familiale

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Nom Eugène COULET
Naissance 28 3 1896, Marseille
Décès 26 8 1918, Crécy Mont Aisne
Père Antoine COULET (1864-1954)
Mère Marie ROGGERO (1867-1946)
Notes diverses

Il part à la guerre de 14-18 dans le bataillon de Tirailleurs Sénégalais. Comme beaucoup de jeunes français, il ne reviendra pas.
Il a écrit
sa dernière lettre le 23 juillet 1918 dans laquelle il était fier d'apprendre à ses parents qu'il venait d'être nommé sergent pour faits d'armes. Cette lettre est émouvante et touchante. Il parle à demi-mots des conditions dans lesquelles il survit. Il parle des "marmites" et des balles qui tombent drue. Du mouchoir avec lequel il se lave. D'un de ses camarades qui, durant la dernière bataille, a cru revoir l'incendie de Rome dans Quo Vadis ! Il termine sa lettre pas ces mots "Recevez chers parents de votre fils pour la vie, ses meilleures caresses".

Et dire que ce devait être la Der des Ders ! Pourquoi un jeune homme de 22 ans, qui aurait pu être notre fils, n'a pas eu la chance que nous avons eu de fonder un foyer et tout simplement vivre ?

Il meurt un mois plus tard, le 26 Août 1918 à Crécy-au-Mont dans l'Aisne.  

http://www.viamichelin.fr/viamichelin/fra/dyn/controller/Cartes?strCountry=1424&strAddress=&strMerged=cr%C3%A9cy+au+mont&ie=UTF-8&x=0&y=0

L'avis de décès du ministère de la guerre indique un numéro, le Mle 4/25876 du 27ième Bataillon de Tirailleurs Sénégalais. Il est noté "blessures de guerre" comme "genre de mort" mais son corps n'a pas été restitué.
Il lui sera décerné en 1923 la croix de guerre avec étoile d'argent pour "sa bravoure réputée".
Crécy-au-Mont se trouve au nord de Soisson et à environ 6km au sud de Coucy le château Auffrique. Il existe, semble t il, un cimetière militaire à Crécy-au-Mont le code est 246001 B ou 236001 B, sa surface est de 13966m2, le nombre de corps présents est de 3293 dont 2358 en tombes et 935 en ossuaires. Nous avons demandé à la mairie de Crécy au Mont de rechercher son nom sur les différents monuments du cimetière militaire. Son nom n'y figure pas vraisemblablement parce que son corps n'a pas été retrouvé et identifié

Sa soeur Valentine regardait toujours les cérémonies du 14 juillet à la télévision. Le soldat inconnu sous l'arc de triomphe était peut être son frère Eugène...

 

Depuis l'année 2008, le site internet des armées a permis de retrouver le récit de la dernière bataille d'Eugène qui est retracée dans ces moindres détails (à partir de la page 23/30). Il y est indiqué qu'il est blessé et non pas mort ou disparu au combat. Son corps a dû être enterré sur place, mais où ? Il est mort le 26 Août, le 27e bataillon était en réserve du 25 au 28 Août dans le "boyau" (tranchée) à l'ouest de la croix blanche.

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/ead.html?id=SHDGR__GR_26_N_II&c=SHDGR__GR_26_N_II_SHDGR__GR_26_N_869__022

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-viewer/26_N_869_022/viewer.html

Extrait de sa dernière bataille :

Page 22.

Le 20 Août le bataillon bivouaque à la ferme Falobre la journée du 20 et la nuit du 20 au 21 Août.

Il continue le 21 au matin sa marche en avant mais est arrêté dans sa progression sur la coté 120 au N de la ferme Foret par des mitrailleuses ennemies tenant la route autour de l'arbre 157.

Le 22 au matin, le mouvement en avant continue. Le bataillon "précité" d'un détachement léger avec une section de mitrailleuses. pendant cette progression, il réduit quelques uns de mitrailleuses et avec un groupe de cavaliers mais est arrêté vers 16 heures par de violents barrages de mitrailleuses à la chaussée "Bermehant" (?) qu'il ne peut dépasser.

Le bataillon se reforme pour tenter, le 23 Août, sans préparation d'enlever l'orme de MONTECOUVE ainsi que l'ordre lui en a été donné et à 3h30, le 23 Août sans préparation d'artillerie, il part à l'attaque. De terribles rafales de mitrailleuses se déclenchent. Arrêté 3 fois dans son élan et quoique tous ses officiers soient tués ou blessés, le bataillon se cramponne au terrain conquis et se maintient sur place pendant toute la journée du 23. le chef de bataillon CORONNAT est blessé mortellement vers 17h alors qu'il prenait ses dispositions pour passer à une contre attaque ennemie.

24 Août. Il est relevé dans la nuit du 23 au 24 par le IIIe/90 et bivouaque dans le "razin" de la ferme Mareuil et le 24 au matin va occuper le boyau à l'E de cette ferme. A 9h, le 27ème envoie 2 (?) à l'a(?) du III/90 qui contr'attaquait les allemands qui tentaient de reprendre l'orme de MONTECONTE, le reste du bataillon se porte en avant à 10h pour contribuer à l'occupation du boyau BASTRINGUE.

Durant la nuit du 24-25, le bataillon est reporté en arrière et va occuper le boyau à l'ouest de la Croix Blanche. Il passe là en réserve, les journées des 25-26-27 et 28 Août.

Le Capitaine adjudant major Elis, du 78è (?) est désigné pour prendre le commandement du 27e BTS à la date du 27 Août. Dans la nuit du 28 Août, le 27e BTS va relever le 78e occupant le boyau BASTRINGUE au point de la cote 157.4. A 5h, le bataillon attaque pour tenter de s'emparer de cette cote mais les tank n'ayant pas accompli leur mission, il ne peut réduire les tirs de mitrailleuses et se maintient toute la journée sur le terrain, subissant de lourdes pertes mais tenant toujours en respect l'ennemi qui tentait de reprendre le terrain qu'il avait perdu.

Dans la nuit vers 23h, le bataillon est relevé par (?) et porté vers le "razin" de la ferme St SEGER où il bivouaque jusqu'à 9h. A 10h, il rejoint les TC à ferme FORET et reste en position de 1/2 alerte. 

Page 23.

PERTES du 20 au 31 Août 1918

BLESSES : MM Coronnat, Labbe, Caprais, Lacombe, Seace, Coulet, Dif, Noujeau, Duhama, Berthanin, Sicart, Azum

TUES : Lamoncée, Marteau, Massini, Berca(?), Blanc, Parsion

DISPARUS : Fabre

MALADES : Riffaut

 

Analyse de ce récit en 2008 :

L'acte de décès des armées indique "Blessure de guerre". Il est bien recensé dans la liste des pertes comme blessé entre le 20 et le 31 Août. Son décès date du 26 Août alors que le 27e bataillon était en réserve depuis la nuit du 24 Août. Il a dû être blessé entre le 20 et le 24, sans doute durant l'assaut du 23, où le récit indique que tous les officiers sont soient tués ou blessés. A noter que cet assaut a été réalisé sans préparation d'artillerie !

Comme son corps n'a pas été restitué à notre famille et qu'il n'est pas porté disparu, on peut imaginer qu'il a été laissé ou enterré au boyau à l'ouest de la Croix Blanche.

Ce récit très précis pourra nous permettre d'aller sur place et repérer les lieux ... A suivre ...

 

Analyse de ce récit en 2013 :

En Avril 2013, Marcel, Michelle, Elisabeth et Christian Semperes sont allés dans l'Aisne à Crécy au Mont, aux lieux dit de Montécouvé, la ferme Mareuil, la Croix Blanche pour suivre le récit des livrets militaires qui retraçaient sa dernière bataille, la prise de l'Orme de Montécouvé. Un fait historique où Eugène Coulet est mort auprès de milliers d'autres, français et allemands, pour quelques mètres de terrain à gagner. Le prix du sacrifice pour gagner la guerre ou arrêter le carnage. 

Le récit de la bataille de Montécouvé relaté sur le carnet du bataillon, nous a permis de préparer notre voyage sur les lieux http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-viewer/26_N_869_022/viewer.html.

De même les compléments trouvés sur le site dédié à cette bataille, http://montecouve1918.webnode.fr/la-bataille-de-montecouve-en-resume/ ont précisé l’avancée de la ligne de front jour par jour. L’âpreté des combat pour prendre ce monticule de terre entre 2 plaines se comprend lorsqu’on arpente les cimetières militaires de la région. Un nombre impressionnant de français et allemands sont tombés le 23 Août 1918 et les jours qui ont suivi. Voici les plans de la bataille de Montécouvé.

   

En rouge sur le plan, les canons de 75 allemands qui tiraient à plus de 8km, en orange, les mitrailleuses allemandes.

Il est très plausible qu’Eugène Coulet ait été blessé le 23 Août entre la chaussé Brunehaut et l’Orme de Montécouvé, comme il est indiqué dans le récit du bataillon « De terribles rafales de mitrailleuses se déclenchent. Arrêté 3 fois dans son élan et quoique tous ses officiers soient tués ou blessés le bataillon se cramponne au terrain conquis et se maintient sur place pendant toute la journée du 23» Eugène étant Sergent, il faisait donc partie de cette liste des officiers. C’est bien le cas en page 23 du récit du bataillon, la liste nominative des officiers blessés et tués est mentionnée avec le nom Coulet, alors que pour les soldats, il n’est fait mention que du nombre.

 

   L'Orme de Montécouvé vu de la chaussée Brunehaut
   La chaussée Brunehaut
   La ferme Montécouvé, vu de l'Orme de Montécouvé
   Le carrefour de la Croix Blanche avec une partie de la ferme Mareuil dans le fond
   La ferme Mareuil
   Le cimetière de Crécy au Mont, ses 2 ossuaires
   Un inconnu enterré au cimetière de Crécy au Mont

Lorsqu'on se trouve sur la chaussée Brunehaut et qu'on regarde l'Orme de Montécouvé, on a peine à imaginer comment ces hommes ont pu sortir de la tranchée, bondir de trou de bombe en trou de bombe, totalement à découvert, la peur au ventre. En 1918, le bruit devait être assourdissant. En 2013, le silence total, propice au recueillement.

Ensuite, le bataillon se replie à la ferme Mareuil, le 24 Août, puis au boyau à l’ouest de la Croix Blanche entre le 25 et le 28 Août. C’est ensuite que nous perdons la trace d'Eugène. Le récit du bataillon indique qu’il fait partie de la liste des blessés et non des tués entre le 20 et le 31 Août, donc très vraisemblablement blessé le 23 Août.

Sa date de mort mentionnée sur l’avis de décès est fixée au 26 Août (Site MémorialGenWeb). Le bataillon reprenant sa route le 28 Août, est il mort à la Croix Blanche ? Difficile à dire. Une hypothèse avancée, un bombardement par canon de portée de 8 à 10km ou par aviation, fréquent à cette période aurait pu causer sa mort le 26 ? Mais alors, pourquoi aucune mention sur le récit du Bataillon ?

Une autre hypothèse. Son commandant, nommé Coronnat a lui sa sépulture au sud de Soisson, précisément à Villers Cotteret à 40km au sud de Montécouvé, lieu de soin des blessés. Eugène aurait il été transporté là bas lui aussi ? Mais alors pourquoi ne trouve t on pas sa sépulture contrairement à son commandant Coronnat ?

L’autre hypothèse serait qu’il soit mort de ses blessures 3 jours après le 23, soit le 26 et qu’il ait été enterré sur place. Il a pu être enterré sommairement près du boyau à l'ouest de la Croix Blanche, où se trouvait son bataillon entre le 25 et le 28. Sa sépulture était elle indiquée ou tout simplement a-t-elle été effacée, perdue ?

Suite à la loi de finance du 31 juillet 1920, les tombes isolées sont regroupées dans des nécropoles nationales. La plus proche était à Crécy au Mont. On n’y retrouve pas son nom sur la liste des tombes, ni d’ailleurs celles des officiers blessés ou tués comme lui entre le 20 et le 31 Août. C’est donc que leur identité a été perdue à un moment ou à un autre. Il est probable qu’Eugène s’y trouve, dans l’un des deux ossuaires. C’est l’hypothèse la plus vraisemblable.

Le livre « Le réveil des morts » de Roland Dorgelès (1921), évoque pour le Chemin des Dames un travail bâclé, confié à des entrepreneurs privés peu scrupuleux. Aujourd’hui, l’ensemble des archives concernant les transferts des corps (relevés des cimetières provisoires et tombes individuelles) est conservé à Braye-sur-Somme. C’est peut être là que nous pourrions trouver une trace de tombes isolées répertoriées à la Croix Blanche qui pourrait valider définitivement cette hypothèse. 

La dernière hypothèse, celle de ma grand mère Valentine, sa soeur, serait qu'il se trouve sous l'arc de triomphe, place de l'Etoile, à Paris et qu'il soit le soldat inconnu. Cette dernière hypothèse montre que pour faire son deuil, il faut pouvoir se recueillir à un endroit, un lieu. C'est sans doute, ce que nous avons fait en Avril 2013, venir sur les lieux.

Célibataire