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Chers enfants


    Il m’a été très dur de ne plus voir en tête de ta lettre Cher Papa. Il viendra un jour que tu ne pourras même plus sur une lettre dire Chère Maman. Il y a près de vingt ans que j’ai perdu mes Parents, et je dis encore malgré tout ce temps, Cher Papa et Chère Maman. Mon petit Raoul, tu as adouci les derniers jours de ton père. Il t’attendait à la fin des semaines, la nuit et le jour, et il t’aimait pour ton jugement, pour ton caractère et il savait très bien que pour nous éviter une peine, tu aurais bouleversé l’univers.

De mon coté, crois que ma peine est sincère et si, nous n’avons pas toujours bien vécu, crois que ce n’est qu’à son caractère que nous le devons. Je garde malgré tout un grand souvenir de lui car au fond il avait un bon coeur.

 

   Gérard fait son possible pour moi, mais il faut toujours compter sur son caractère. Ma maison est bouleversée. Tout est lavé au Lessil même les choses qui n’ont pas servi au dernier moment. La plume, la laine, les couvertures jusque le sommier était plein de sang. Tout est purifié maintenant et je n’aurais aucune appréhension à recoucher dans ses lits.

 

Voilà mes enfants, la fin d’une vie. On aurait pu vivre quelques temps ensemble. Le destin ne l’a pas permis, il faut s’incliner et nous aimer plus encore qu’autrefois. Demain, j’irai voir le médecin pour être tranquille sur mon état.


A samedi, donc, je vous embrasse affectueusement.
L Baudru